LA CIOTAT:actualité politique,sociale,culturelle et économique de la Ciotat
LES CIOTADENS PARLENT AUX CIOTADENS
Cinquante ans d’Europe, cinquante ans de paix.
J’ai le souvenir dans mon enfance des dernières traces de la guerre qui s’accrochaient encore comme des lambeaux sur le quotidien de tous les peuples de l’Europe meurtrie. Des quartiers en reconstruction, des villes en mutation, des populations en migration ; un énorme brassage humain, politique et économique faisait suite au plus grand conflit que le monde n’ait jamais connu.
Les familles pansaient leurs blessures. Certaines conversations s’interrompaient soudainement quand nous, les enfants, entrions dans une pièce. Les yeux rougis et les noms prononcés un sanglot dans la voix, une cousine de ma mère, militante communiste libérée des camps nazis et qui depuis se battait contre des fantômes et tentait de retrouver l’appétit de vivre, les commémorations, les sonneries aux morts… Tout cela est resté gravé en moi comme dans la mémoire de tous les européens de ma génération…
Tout le monde aspirait à vivre, à rire, à reconstruire et à oublier mais les angoisses étaient à la mesure de ces aspirations. La paix qui avait suivi la première guerre mondiale n’avait duré que vingt ans. Les sacrifices humains se perpétuaient de génération en génération. Malgré la victoire, l’avenir restait incertain et chacun demeurait sur ses gardes, le regard tourné vers la ligne bleue des Vosges. Plus à l’Est, la tension était palpable entre les troupes soviétiques et les alliés. La guerre froide était encore bien tiède, les rancoeurs demeuraient et tous les comptes n’étaient pas réglés…
J’ai aussi le souvenir de la voix d’outre tombe du Général et des photographies en noir et blanc du vieux chancelier Konrad Adénauer qui semblait porter sur ses épaules tout le poids du conflit et dans ses yeux tout le regret des crimes commis par son pays.
Chacun pressentait que la paix, la paix définitive, ne pouvait venir que de ces deux hommes et ils furent effectivement les artisans de la réconciliation. C’est de leur amitié naissante, de leur estime mutuelle et de la formidable vision commune qu’ils eurent de l’avenir, que naquit finalement la construction européenne.
Bien sûr ils n’étaient ni les premiers ni les seuls à œuvrer dans ce sens. Aristide Briand, Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide de Gasperi, Paul Henri Spaak et bien d’autres posèrent les jalons, bâtirent les fondations, tracèrent la route. Je persiste pourtant à croire que le tandem de gaulle/Adenauer apporta l’élément déterminant : la volonté politique et la force de l’imposer!
Le 25 mars 1957, après des années de négociations auxquelles participèrent tous les grands noms de la diplomatie européenne, les représentants des “six“ signaient les deux traités de Rome qui instituaient le Marché commun et Euratom. Ces deux traités de coopération portaient sur les échanges économiques et sur la coopération scientifique en matière de recherche nucléaire. Je n’ai pas le souvenir qu’ils aient suscité tout de suite un grand enthousiasme, tout au plus un espoir. Ce n’est que plus tard, au fil des années, que l’on pu constater qu’ils étaient essentiellement des traités politiques ; qu’ils marquaient bel et bien la naissance de l’Europe et qu’ils apportaient la paix.
Nous avons vécu, depuis, cinquante ans de relative prospérité. Nous avons reconstruit bien au delà de ce qui avait été détruit. Les esprits se sont apaisés et les douleurs se sont tues. L’Europe a tenu sa place face à l’arrogance des super puissances et nous sommes désormais six cent millions d’européens !
Mais surtout, l’Europe a tenu ses promesses et ces cinquante ans d’Europe ont été cinquante ans de paix !
Jean Pierre Repiquet.
PS : Pour des raisons que chacun comprendra, j’ai tenu à ne pas utiliser dans ce texte les mots nations, identité nationale, nationalisme, frontières, France et Allemagne… Et j’y suis parvenu !