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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 03:00


LES CIOTADENS PARLENT AUX

CIOTADENS

 

 

 

 

 

    

 

TOUCHE PAS A MA CALANQUE

 


GRAND ANGLEPlaisanciers, chasseurs, pêcheurs, élus : Marseille se déchire autour du projet de création d’un parc naturel aux portes de la ville, prévu en 2012.


C’est un projet ancien et complexe : un parc national des Calanques en lisière de Marseille, avec une partie terrestre et une autre marine. Cela fait rêver ? Mais la situation péri-urbaine complique tout, imposant de nombreux compromis. Et alors que l’enquête publique démarre dans quelques jours pour parvenir à ouvrir le parc l’an prochain, celui-ci ne fait plus que des insatisfaits. Il y a ceux qui considèrent qu’il réduit trop leurs libertés et ceux qui estiment que l’on a fait trop de concessions, qu’il n’est plus assez protecteur pour la nature.

Le projet remonte à l’ancien maire de Marseille, Gaston Defferre, qui avait demandé, au début des années 70, un parc à Robert Poujade, premier ministre de l’Environnement de la République. Ce dernier lui avait répondu que c’était impossible en bordure d’une ville.

Pour créer un parc national, il faut à la fois une richesse exceptionnelle, et des menaces qui justifient la mise en place d’un établissement public administratif disposant de pouvoirs réglementaires propres. Or, autour des calanques, les richesses ne manquent pas. A terre : des falaises abruptes avec leurs pins d’Alep, leurs chênes verts, une végétation contrainte par le vent et le sel qui cède la place, à mesure qu’on s’éloigne du littoral, aux landes et aux garrigues, puis aux forêts matures. En mer : une biodiversité étonnante, obtenue grâce à une conjonction assez rare d’éléments. Un courant ligure qui arrive des côtes italiennes et apporte beaucoup d’oxygène. Et des canyons vertigineux immergés qui descendent jusqu’à 2 000 mètres et constituent d’immenses réserves d’eaux froides. Elles remontent lorsque le mistral chasse les eaux de surface et leur transparence facilite alors la photosynthèse. Tout cela profite aux nombreuses espèces vivant entre 0 et 80 mètres de profondeur, sur des plateaux immergés. Enfin, entre terre et mer, des anses, des ports, des cabanons. Et des grottes qui abritent des oiseaux nicheurs, et parfois des peintures rupestres, comme la grotte Cosquer.

Boues rouges

La difficulté d’accès et l’absence de réseaux d’alimentation en eau ont longtemps protégé les calanques. Plus maintenant. La station d’épuration de Marseille, qui déborde dans la mer au moindre orage, rejette ses eaux au large de la calanque de Cortiou. Plus loin, une usine de Gardanne - Rio Tinto Alcan (ex-Péchiney) - déverse toujours ses boues rouges (des argiles chargées de bauxaline). Dans les calanques, les bateaux qui viennent au mouillage de façon anarchique arrachent en levant l’ancre de pleines touffes d’herbier de posidonie. Son volume a diminué de 40% en quarante ans dans ce qui est censé devenir le cœur marin du parc.

A terre, les chemins sont mal balisés, et les touristes de plus en plus nombreux, tout comme les laissez-passer pour les voitures. Un parc permettrait de mieux contrôler tout cela. Il disposerait d’un «cœur», que l’établissement public pourrait réglementer. Et d’une «aire d’adhésion»(appelée en mer «aire marine adjacente»), une sorte de zone-tampon entre le cœur et son environnement, avec une charte négociée entre les communes pour un développement durable plus doux.

En mer, quelques zones de non-pêche doivent permettre aux poissons et crustacés d’essaimer. «On ne trouve presque plus de poulpes, d’oursins, de langoustes, sans parler des hippocampes, relève Denyse Ricard-Maubon, présidente du collectif Un parc national pour les calanques. Il est grand temps de reconstituer des réserves.»

Le projet de départ était extrêmement ambitieux. Le périmètre devait englober toutes les zones classées autour de Marseille, au nord comme au sud. La ville se retrouvait ainsi au cœur d’un écrin protégé. Mais pour tout surveiller, il aurait fallu une armée - dans le projet actuel, le parc comptera 80 salariés. Et des décennies de négociations pour convaincre tout le monde. Le projet s’est donc finalement concentré, de façon pragmatique, autour des calanques du sud. C’est déjà un sacré chantier tant les usagers sont nombreux, et la culture marseillaise individualiste.

En résumé, tout le monde est d’accord pour protéger les calanques. A condition de pouvoir en jouir sans entrave, réservant la réglementation aux autres. Parmi les plus remontés, une majorité des «cabanoniers» qui possèdent ou louent les jolies baraques plus ou moins bricolées dans les calanques. «C’est grâce à nous si ce site est resté si beau et si ces calanques ont été protégées, dit François Semeriva, président de l’association des cabanoniers de Sormiou. Aujourd’hui, nous nous sentons dépossédés. On veut créer une enclave extraterritoriale qui portera atteinte aux droits individuels et à la liberté de circuler. On déroge au système démocratique et instituant un consul qui décidera pour nous.» Selon lui, l’arsenal législatif actuel est suffisant pour protéger les calanques.

Autres usagers très remontés : les pêcheurs, les plongeurs, les grimpeurs, les plaisanciers. Et les bateliers qui proposent des visites avec des embarcations pénétrant trop loin dans les calanques avant des demi-tours qui dégradent les fonds marins.

A terre, les chasseurs ont été les plus virulents. Ils veulent continuer d’arpenter les collines, de chasser à la glu, de lâcher des faisans et perdrix sur lesquels ils tirent quelques jours plus tard. «Une aberration dans un parc national», s’étrangle Pierre Aplincourt, président de France Nature Environnement en Paca, qui craint que de telles concessions fassent tâche d’huile dans les autres parcs.

Les chasseurs ont eu gain de cause : lâchers et glu maintenus, zones de non-chasse limitées à 38% du parc… Le Conseil national de protection de la nature (CNPN), qui guide les ministres en matière de parcs nationaux, en préconisait 50%. Le député UMP Guy Teissier, qui dirige le groupe d’intérêt public chargé de préparer le futur parc, est lui-même chasseur. De fait, les élus ont beaucoup cédé aux lobbys en admettant qu’il fallait être plus souple en zone péri-urbaine.

Après une dizaine d’années de débats et de réunions, un nouveau préfet de région, Hugues Parant, a choisi la voie du compromis. Il a demandé à chaque élu ce qui le gênait. «Ce parc ne se fera pas si les postures maximalistes l’emportent, assume le représentant de l’Etat. Il existe ici une forte psychologie sudiste. Même s’ils attendent beaucoup de son assistance, les gens se méfient de tout ce qui est imposé par Paris. Il fallait faire ce parc avec les communes, pas contre elles.» Chacun a eu gain de cause. Jean-Claude Gaudin a fait enlever toute la rade Sud. Jean-Noël Guérini, président PS du conseil général, les forêts matures gérées par son département. Danielle Milon-Vivanti, maire divers droite de Cassis, élue en 2008 en faisant campagne contre le projet, a carrément fait retirer la quasi-totalité de son territoire. Du coup, le cœur du parc est tranché net, privé de continuité, à hauteur de sa ville. La calanque de Port-Miou, qui abrite une rare source sous-marine d’eau douce, a aussi été retirée.

Ailleurs, des bouts de territoires ont été ôtés pour satisfaire des intérêts privés. Parmi les aberrations, l’une des zones de non-pêche - qui ne représentent que 10,5% du cœur marin, quand le CNPN recommandait 20% - est située à l’exutoire de la station d’épuration. Un endroit tellement pourri que personne n’aurait l’idée d’y pêcher. Autre curiosité, les îles du Frioul, présentées dans le projet initial comme un «véritable concentré de parc national», ont été enlevées, à la demande de Marseille. Au total, le cœur terrestre a été amputé de 20% par rapport à la première version, le cœur maritime de 15%.

Inquiétude majeure : la quasi-disparition de l’aire d’adhésion en bordure de Marseille. En clair, il n’y a plus de transition avec la ville. Les promoteurs immobiliers peuvent se frotter les mains : ce parc sera pour eux une aubaine car ils pourront construire en lisière, vendre cette proximité prestigieuse sans s’embarrasser de contraintes environnementales.

«Une vitrine formidable»

Du coup, les arguments environnementalistes ont rejoint ceux des opposants au parc. «Le label "parc national" va créer une très forte attractivité et donc une forte pression sur les territoires limitrophes»,prévient le président de France Nature Environnement. «Ce sera une vitrine formidable, un produit d’appel rentabilisé en périphérie au profit des hôteliers et des promoteurs», grince le président des cabanoniers de Sormiou.

Malgré les critiques et inquiétudes, les cabinets de Nicolas Sarkozy et de la ministre de l’Environnement, Nathalie Koscuisko-Morizet, ont tenté début septembre d’accélérer le calendrier. Ils demandaient un lancement rapide de l’enquête publique. Elle démarrera courant octobre, pour une durée d’un mois. Le CNPN rendra ensuite un avis (consultatif). Nathalie Kosciusco-Morizet voudrait signer le décret de création avant la présidentielle. Elle rappelle que l’on n’a «jamais créé de parc contre l’avis du CNPN». Or celui-ci n’est, pour l’instant, guère enthousiaste. Le 15 février, il s’inquiétait du«manque d’ambition du projet, très en-deçà des attentes d’un parc national». Après quelques modifications, il rendait en juin une note un peu plus nuancée, mais toujours très dubitative.

Que faut-il faire ? Passer outre les imperfections et choisir la stratégie des petits pas en créant ce parc et en misant sur une extension ultérieure ? Ou reporter une décision frustrante ? En choisissant cette voie plus radicale, certains projets, comme le Parc national corse, n’ont jamais vu le jour. «Tout n’est pas satisfaisant, résume la conseillère régionale Christine Sandel (Europe Ecologie-les Verts), océanographe de formation. Mais cela fait vingt ans que nous nous battons pour ce parc. Nous ne pouvons pas courir le risque de le faire échouer. Commençons, et dans quinze ans les autres se battront pour en faire partie.» A condition que tout n’ait pas été bétonné d’ici là.

http://www.liberation.fr/terre/01012362161-touche-pas-a-ma-calanque

 

 

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2011070219375909Olivier BERTRAND

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