Le 8 mai 1945…
Le 8 mai 1945 l’armée du troisième Reich représentée par le Maréchal Wilhelm Von
Keitel capitulait sans conditions devant les représentants des forces alliées.
Au-delà de ce retour tant attendu à la paix, l’effondrement du régime nazi allait aussi avoir pour conséquence une profonde évolution philosophique et morale de notre société.
50 millions de morts et 6
millions de disparus ! La déportation, la torture, l’extermination, la haine et la destruction…
Le fléau du nazisme avait déferlé indistinctement sur les populations civiles et sur les combattants. Pour la première fois une guerre avait tué plus de femmes et d’enfants que de soldats et pour
la première fois l’obsession du meurtre avait supplanté le désir de conquête…
Cette idéologie nauséabonde
avait transformé en bourreaux des hommes ordinaires et avait parfois aussi contaminé leurs victimes. La lâcheté et la collaboration avaient pervertis les peuples occupés. La banalisation de la
violence et de la cruauté induisait de déplorables excès et de misérables vengeances. Un peu partout, dans le sillage des libérateurs, le bonheur de la liberté retrouvée était entaché par les
exécutions sommaires et les sordides règlements de comptes.
Par un cruel hasard de l’histoire, c’est aussi ce 8 mai 1945, en Algérie, que l’armée française réprimait avec une rare sauvagerie les insurrections populaires de Sétif et de Guelma. Soixante ans
plus tard le nombre des victimes de ces journées sanglantes est toujours tenu secret mais les historiens le situent généralement entre 30 et 40000 morts…
Malgré la défaite de juin 1940,
la France était restée dans la guerre avec les forces françaises libres. Un peu partout, des hommes et des femmes avaient pris les armes, gagné les maquis et refusé l’inacceptable… L’honneur
était sauf !
Le Général Jean de Lattre de Tassigny était là, à Berlin, ce 8 juin 1945, pour recevoir au nom de la France la reddition du Maréchal Keitel
et sa seule présence marquait déjà les prémices de la construction d’un monde nouveau.
Durant cinq ans les Hommes
avaient rêvé de liberté. Ils avaient imaginé reconstruire un monde meilleur, plus égalitaire, plus solidaire, plus fraternel. La fin de la guerre allait leur en donner l’occasion !
Le monde s’ouvrait enfin ! Les peuples se découvraient responsables les uns des autres. Les dignitaires nazis allaient être jugés, par le « tribunal international » de Nuremberg,
pour « crimes contre l’humanité »… Autant de concepts nouveaux pour une nouvelle vision du
monde !
« L’empire colonial » ne devait pas résister bien longtemps à l’émergence de ces valeurs morales. Tous les peuples de la terre ressentaient le même besoin de liberté et d’indépendance que celui qui venait de triompher en Europe et chacun pouvait enfin comprendre la légitimité de telles aspirations…
Indépendamment des pertes
humaines et des souffrances morales, la France sortait de la guerre dans un épouvantable état de destruction. L’industrie était presque totalement anéantie, plusieurs centaines de milliers de
logements avaient disparus sous les bombardements, les réseaux ferroviaires et routiers étaient en lambeaux.
La France était exsangue mais devait se reconstruire en un temps record sous l’impulsion du Conseil National de la Résistance. Cette reconstruction exemplaire allait tenir compte de toutes les
leçons de la guerre.
D’incroyables avancées économiques et sociales allaient être réalisées entre 1945 et 1958. Le système des retraites, l’indemnisation du chômage, l’accès aux soins et à l’éducation, la protection des plus faibles, le droit de vote des femmes, le réaménagement du système universitaire et de la recherche, etc.… Toutes ces initiatives inspirées et généreuses allaient permettre une prospérité sans précédent tout au long de ce que l’on a appelé « les trente glorieuses ». La France allait devenir un modèle pour beaucoup de pays en développement et accroitre considérablement son influence politique, morale et culturelle.
Ces valeurs de générosité et de partage et ces mesures de protection de la dignité humaine ont été imaginés dans les camps et les maquis et ont été acquises au prix du sang et des larmes ! Personne n’aurait pu croire qu’elles seraient, aujourd’hui, remises en cause !
Le 8 mai nous commémorons le retour à la paix et chacun de nous doit penser à la fragilité des équilibres qui permettent de ne pas basculer à nouveau dans l’horreur de la guerre. C’est juste et c’est nécessaire !
Il nous faut aussi garder en mémoire le magnifique héroïsme de tous ceux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre libres et responsables. Il nous faut considérer les devoirs que nous imposent leur sacrifice et nous efforcer de protéger la société de générosité, de justice et de progrès social qu’ils ont contribué à édifier…
La Ciotat, le 8 mai 2009, Jean Pierre Repiquet.
Derniers Commentaires